James L. Kelley’s Interview with Tropinka

James L. Kelley. “Entretien avec James L. Kelley.” Tropinka, une revue alittéraire d’escriture internelle. Last accessed 12 June, 2012. http://www.paperblog.fr/5615844/dossier-pere-romanides-entretien-avec-james-kelley/.

 

Entretien avec James L. Kelley

 

James, pour les lecteurs français et francophones qui ne seraient pas très familiers des travaux du Père John Romanidès, pourriez-vous exposer les principales orientations ce ceux-ci ?

 

Puisque chaque tache ou travail devrait commencer par une louange à Dieu je commencerais par une prière : Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Amen.

 

Il y a de nombreuses entrées tout aussi fructueuses les unes que les autres pour présenter l’oeuvre du Père Romanidès mais, puisque je m’adresse ici à un public français, je pense que le mieux est de débuter par son approche absolument unique de l’enseignement du Bienheureux Augustin d’Hippone. Le Père Patric (Ranson) fut sans doute le plus important théologien « romanidésien » en France, et ce n’est certainement pas un hasard si sa traduction d’une partie du texte du Père Jean, Franks, Romans, Feudalism and doctrine a été publié dans l’ouvrage collectif Dossier H saint Augustin ( J. Romanides, “Le Filioque,” in Dossier H Saint Augustin, L’Age d’Homme, 1988). Le père Jean a souligné que le Bienheureux Agustin, dans son De Tinitate et queqlues autres textes, évoque les Théophanies de l’Ancien Testament (le buisson ardent, les trois anges qui apparaissent à Abraham…) en tant qu’images créées transmises par les anges qui implémentaient ainsi des concepts dogmatiques directement dans l’esprit de leur récipiendaires (J. Romanides, The Cure of the Neurobiological Sickness… : Disponible en ligne : http://romanity.org/htm/rom.02.en.the_cure_of_the_neurobiological_sickness_of_rel.01.htm).

Cet enseignement était une innovation de l’évêque d’Hippone puisque tous les anciens Pères enseignainet que Moïse et Abraham (ainsi que tous les prophètes et patriarches de l’Ancien Testament) furent visités par l’énergie incréée, ou gloire de la Sainte Trinité, et non par “d’éphémères concepts et symboles créés à propos de Dieu” (ibid). Pourquoi est-ce si important ?

Premièrement, un enseignement central de l’Eglise du Christ depuis le premier siècle jusqu’à aujourd’hui, est que Dieu sauve, non par la médiation de créatures, mais par son propre Amour et par sa propre Vie trinitaire qui transcendent les concepts augustinien. Deuxièmement, toute la théologie chrétienne non-orthodoxe suit les incompréhensions du bienheureux Augustin. Parce qu’il a mésinterprété, ou peut-être ignoré, l’enseignement de l’Eglise à propos de l’union de Dieu à l’homme à travers ses énergies incréées, l’evêque africain a étendu ses erreurs à d’autres parties de l’enseignement de l’Eglise, la “double prédestination” ou le “péché originel hérité” ne sont qu’un exemple des conséquences malheureuses de son influence unilatérale sur la théologie occidentale (voir J. Romanides : Ancestral sin, Zephyr, 2002 et J. Kelley : A Realism of Glory, Orthodox Research Institute, 2009). Le Père Jean fut également le premier à mettre à jour les relations entre la théologie anti-orthodoxe du moine calabrais Barlaam (XIVe siècle) et les positions spécifiques du bienheureux Augustin. Ce qui signifie que l’Église Orthodoxe a condamné les enseignements du bienheureux Augustin concernant la Trinité et les théophanies de l’Ancien Testament lorsqu’elle a condamné les positions identiques de Barlaam lors des conciles palamites du XIVe siècle.

 

Encore pour les « profanes », que pouvez-vous nous dire de la réception des travaux du père Jean au sein de l’Église Orthodoxe ?

 

Il est assez triste de constater que, dans le monde anglophone, nombre de théologiens supposément orthodoxes ignore les travaux du père Jean ou vont jusqu’à vouloir le déconsidérer. Un livre paru récemment et qui s’intitule Orthodox Readings of Augustine contient une introduction intitulée Augustine and the Orthodox : The West in the East écrite par George E. Demacopoulos et Aristotle Papanikolaou. Dans ce texte les auteurs accusent le Père Jean d’avoir mal lu et interprété le Bienheureux Augustin, mais sans offrir la moindre références afin d’étayer leurs propos. De la même façon l’important travail du père Jean Ancestral Sin, est déconsidérer sous le prétexte sa « lecture des textes d’Augustin sur la grâce et le libre arbitre se fait à travers le prisme de la distinction palamite entre l’essence de Dieu et Ses énergies qui date du XIVe siècle. » Néanmoins ces « Conciles palamites » ne sont rien de moins que les Conciles constantinopolitains du XIVe siècle qui valent pour tous les chrétiens orthodoxes et qui posent que tout orthodoxe doit être en accord avec saint Grégoire Palamas que l’essence de Dieu et Ses énergies ne doivent pas être confondues ; ainsi qu’avec le fait que toute la Tradition de l’Église est présente dans l’enseignement correct sur les énergies de Dieu. De ce fait, tout approche des Pères de l’Église qui ne se fait pas à travers cette loupe palamite est fausse par définition. Les auteurs espèrent déconsidérer le père Jean pour avoir dit qu’Augustin était un « piètre hésychaste » (ibid). Toutefois, l’hésychasme est bel et bien aussi ancien que l’Église, et il est le fondement de la foi orthodoxe depuis les origines de l’Église. La vérité est que les écrits d’Augustin reflètent un enseignement erroné à propos de Dieu, de l’homme et du salut. Bien que la sainteté du Bienheureux Augustin ne soit pas remise en cause ici, ses écrits sont, néanmoins, des expressions inadéquates des enseignements orthodoxes sur la vie spirituelle. Aussi, de ce point de vue, Augustin n’est pas un « bon hésychaste » ! Il est donc important de se rappeller que nombre de ceux qui, aujourd’hui, écrivent en tant qu’« orthodoxes » n’ont ni le bagage ni le discernement pour distinguer entre ce qui est orthodoxe et ce qui ne l’est pas. C’est vraiment malheureux !

 

Le père Jean était très « original » lorsqu’il expliquait que la voie du Christ n’est pas une religion mais la guérison de la « maladie de la religion »… Pouvez-vous nous en dire plus sur ce point de vue, et comment y parvint le père Jean ?

 

Bien ! L’Ancien Testament nous montre que Dieu est venu vers l’homme et a proclamé : « Vous n’aurez pas d’autres Dieux devant moi. » Ce qui était vraiment révolutionnaire puisque Dieu révélait alors que les autres « dieux » étaient des démons, et qu’il était le seul et vrai Dieu. La maladie qui porte les gens à croire que les démons sont des dieux était identique à toutes les autres formes de cultes organisés, en dehors de celui des Israélites – l’Église qui, bien que de manière anticipée, vénérait le Christ. Donc, le père Jean utilise le mot « religion » de la manière dont il est très exactement utilisé, selon lui, par le monde moderne ; comme une abstraction, au même titre que les mots « politique » ou « société ». Le père Jean disait qu’il existe, de par le monde, énormément de personne religieuses et que toutes sont gouvernées par des illusions de l’esprit en croyant qu’une force démonique est un dieu. Toutefois, l’orthodoxie offre la cure à ce mode de vie maladif et se trouve ainsi être anti-religieux ! De nombreuses autres implications découlent de ceci, mais, malheureusement nous manquons de temps…

 

Pourriez-vous nous expliquer très clairement comment le père Jean liait dans son analyse la politique de Charlemagne et des Francs avec la rupture de cette « cure » en Occident ?

 

Charlemagne et, en général, toute la culture de la cour franque ont basé leur théologie, principalement, sur les enseignements du Bienheureux Augustin. Du fait qu’Augustin n’a pas enseigné la méthode thérapeutique correcte – c’est-a-dire qu’il n’a pas enseigné l’hésychasme – l’édifice théologique franc fut bâtit sur un terrain instable. Par exemple, en 794, au Concile de l’Église franque de Francfort, Charlemagne et ses évêques eurent l’incroyable culot de suggérer que tous les romains de l’Empire d’Orient n’étaient pas des romains mais un ramassis de grecs hérétiques qui avaient abandonnés la vraie théologie chrétienne. Pour les Franks toute théologie qui ignorait leur filioque (une erreur théologique soutenue dans le De Trinitate d’Augustin) était, par définition, hérétique et « non-romaine ». Le père Jean à fortement argumenté le fait que la « romanité » ou « romeosyne » réside dans l’Église qui continue la thérapie spirituelle du Christ et de Ses Apôtres. Pour lui, et pour moi également, cette Eglise « romaine » n’est autre que l’Église Une, Catholique et Apostolique, l’Église orthodoxe.

Merci pour cette opportunité, et que Dieu en soit loué, au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, Amen.

 

 

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